Environnement. Les canaux menacés ?
La Région va-t-elle devenir propriétaire des canaux bretons, comme elle en a manifesté l’intention ? Pas sûr, à en juger par la colère du président Le Drian qui vient d’apprendre que les voies d’eau faisaient l’objet d’une procédure de modification de statut, dont la conséquence serait la destruction des canaux.
Les canaux perdront-ils leur qualité de voies navigables, juste avant le transfert à la Région par l’État ? « Je trouve ça absolument aberrant », s’est exclamé Jean-Yves Le Drian devant l’assemblée régionale. Nous sommes dans l’absurdité totale. Nous nous préparons, en décembre, à renoncer aux canaux ».
Retour à l’écoulement naturel
L’enjeu n’est pas mince. Il en va tout simplement de la destruction du réseau breton, construit voici deux siècles par Napoléon. Qui peut vouloir sa fin, alors que les Bretons sont si attachés à ses paysages, et qu’il est un atout majeur pour le Centre-Bretagne ? Il semblerait que, du côté des penseurs environnementalistes européens, certains lobbies prônent le retour à l’équilibre hydraulique originel des cours d’eau. Il est vrai que le débarrage, c’est-à-dire l’ouverture permanente des portes des écluses, rendrait leurs eaux courantes aux rivières canalisées qui représentent l’essentiel du réseau breton. Ce retour à l’écoulement naturel devrait logiquement favoriser la biodiversité aquatique, plus que ne peut le faire l’eau stagnante. Cette logique a donné lieu à des préconisations européennes qui prévoient de débarrer les canaux selon le critère de la « masse d’eau modifiée ». Là-dessus, l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne a lancé une consultation auprès des acteurs locaux afin d’arrêter la liste des portions de canal où il pourrait être opportun d’ouvrir les écluses.
L’abandon destructeur
Évidemment, il ne s’agirait plus alors de voies d’eau, la navigation y devenant impossible. Ce serait la fin de la plaisance fluviale, qu’il s’agisse des pénichettes de location ou des bateaux de croisière - pour la plupart anglais - qui descendent vers la Bretagne-Sud à partir de Saint-Malo (35) et évitent ainsi le chenal du Four et le Raz de Sein. Les chemins de halage, fréquentés par de nombreux promeneurs, randonneurs cyclistes et cavaliers, perdraient aussi tout leur charme : un filet d’eau au fond d’une tranchée, ça n’a pas la paisible majesté du canal. Le patrimoine historique bâti serait également menacé de destruction progressive et définitive, l’eau courante finissant par déchausser les ouvrages de pierre. On peut effectivement se demander si la Région a quelque intérêt à acquérir des canaux promis à la ruine, alors que son objectif était de les préserver et de les valoriser. Mais on peut aussi penser que la Région propriétaire aurait plus d’atouts en mains pour résister aux partisans du débarrage.